Rapport du Secrétaire général sur les activités de UNOWAS (S/2017/1104) - Décembre 2017
II. Évolution et tendances en Afrique de l’Ouest et au Sahel
2. Au cours de la période considérée, des tensions liées à la réforme constitutionnelle et aux processus de dialogue politique en cours ont occupé le devant de la scène en Guinée, en Mauritanie, au Niger et au Togo. Des élections ont eu lieu au Libéria et au Sénégal et des préparatifs en ce sens se sont poursuivis en Guinée et en Sierra Leone. Au Burkina Faso et en Gambie, des progrès ont été faits dans d’importants domaines de réforme. Cependant, dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et au Sahel, les conditions de sécurité sont restées précaires. Les activités terroristes et la criminalité transfrontalière, notamment la piraterie et le trafic de drogues et d’armes, ont continué de menacer la stabilité de la région. Parallèlement à l’intensification des activités de Boko Haram, de nombreux combattants du groupe se sont rendus aux autorités nationales. Des problèmes de sécurité intérieure ont également été constatés en Côte d’Ivoire et au Nigéria. Malgré une situation humanitaire désastreuse, les pays de la région ont connu une embellie sur le plan économique et plusieurs ont, en outre, fait des progrès dans la promotion et la protection des droits de l’homme.
UNOWAS E-Magazine NUMERO 5: Les élections libres et crédibles, un outil majeur pour la consolidation démocratique et le développement en Afrique de l’Ouest et le Sahel (Novembre 2017)
Les élections libres et crédibles, un outil majeur pour la consolidation démocratique et le développement en Afrique de l’Ouest et le Sahel
Incontestablement, la région de l’Afrique de l’Ouest et le Sahel a, depuis quelques années, connu un progrès remarquable en matière d’organisation et de conduite de processus électoraux. Des élections aussi diverses qu’importantes se sont tenues dans un environnement pacifique et ont permis à des milliers de citoyens d’exercer leur droit de vote et de choisir leur candidat. Désormais, le temps des élections avec des résultats connus ou imposés d’avance par les pouvoirs en place est révolu. Aujourd’hui, les jeunes et les femmes aspirent à plus de participation dans la vie politique. Et le vote est l’outil majeur dont ils disposent pour changer et améliorer leurs conditions de vie.
Désormais, le temps des élections avec des résultats connus ou imposés d’avance par les pouvoirs en place est révolu
L’exemple de la Gambie est significatif de la détermination grandissante des populations dans la région de s’approprier les élections afin qu’elles permettent une alternance politique et inaugurent un changement qui réponde à leur attente. A part quelques problèmes techniques et des actes de violences résiduels et mineurs, des pays comme le Nigéria, le Burkina Faso, la Guinée, la Gambie, le Bénin, le Cap Vert, la Cote d’Ivoire, le Ghana et le Niger, ont tous organisé des élections pacifiques .
A la détermination des populations s’ajoute l’engagement des institutions nationales et régionales d’inscrire la région toute entière dans une dynamique de changement dont la bonne gouvernance et le développement constituent le moteur.
Des efforts louables ont été fournis par les pays de la région pour renforcer leur cadre juridique, investir dans la formation et l’éducation civique, renforcer la participation dans la vie politique des femmes et des jeunes, et améliorer les outils logistiques et opérationnels alors qu’au plan régional, les institutions ont mis en place plusieurs mécanismes et instruments pour accompagner leurs membres et leur permettre de mettre en œuvre les changements nécessaires.
Fidèle à sa mission qui est de « maintenir la paix et la sécurité internationale », l’ONU a toujours œuvré pour la paix et les droits humains dans le monde en étroite coordination avec les acteurs nationaux et organisations régionales ou internationales.
En Afrique de l’Ouest et le Sahel, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), continuera à jouer un rôle prépondérant pour la promotion de la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et de la sécurité.
L’organisation et la conduite pacifique d’élections dans la région sont autant un succès à promouvoir qu’un défi à relever. Les personnes élues ont la grande responsabilité de respecter leur engagement et de répondre aux attentes des populations. Ils ont aussi la lourde tâche de faire mieux que leurs prédécesseurs pour réaliser l’alternance politique voulue par les peuples de la région.
Mohamed Ibn Chambas
Représentant Spécial du Secrétaire Général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel
UNOWAS E-Magazine NUMERO 4: L’appropriation nationale est nécessaire pour la réussite de la réforme du secteur de la sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel (Juillet 2017)
L’appropriation nationale est nécessaire pour la réussite de la réforme du secteur de la sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel
Depuis quelques décennies, les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel ont entrepris des réformes aussi importantes que salutaires pour améliorer le rendement de leurs institutions politiques et économiques.
Malgré la persistance d’une multitude de défis, des avancées notables ont été réalisées. Les élections successives qui se sont déroulées pacifiquement dans la sous-région ont permis l’avènement de nouvelles alternances politiques. De même que les différentes réformes lancées ou en cours d’initiation, notamment celle qui concerne le secteur de la sécurité, ont permis d’améliorer la gouvernance et ont favorisé l’émergence d’un espace économiquement dynamique, et politiquement plus démocratique et stable.
En effet, beaucoup de pays dans la région ont engagé des reformes de leur institutions de sécurité afin de les rendre plus professionnelles, efficaces et responsables. Par ailleurs, ces réformes visaient à instituer une justice accessible et impartiale, afin de jeter les bases de la paix et du développement durable. La réforme du secteur de la sécurité devait aussi répondre aux attentes des populations en quête de protection et de justice face aux abus institutionnels ou individuels issus de pratiques autoritaires et non conformes aux principes de droits.
Les diverses expériences de réformes du secteur de la sécurité dans les pays de l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, comme ailleurs dans le monde, sont marquées par des contingences historiques et politiques qui influencent les processus de réforme.
Chaque Etat se dote de son système sécurité avec ses acteurs, et défini les menaces auxquelles ils doivent faire face et ce pour répondre aux attentes des populations. Parmi les menaces les plus communes dans la région de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, on compte la criminalité transnationale organisée, les trafics illicites des drogues, le trafic des personnes, le terrorisme, la piraterie et le banditisme en mer et sur terre. Toutes ces menaces compromettent la sécurité et la sureté des individus dans la région et font obstacle aux initiatives individuelles économiques, les efforts de développement et à la stabilité des Etats.
Il est crucial de souligner le rôle important des organisations de la société civile dans un processus de réforme car leur participation garantie la représentativité et l’inclusion tout en contribuant au renforcement du contrôle de la gouvernance du secteur de la sécurité.
Mais au-delà de la nécessité de réformer le secteur de la sécurité, il est vital que les États et les populations jouent un rôle moteur dans les processus de réformes. Sans un engagement des différents acteurs étatiques et non étatiques nationaux et régionaux, et une volonté politique des autorités nationales, les plans et programmes établis pour initier la réforme du secteur de la sécurité n’aboutiront pas.
Avec l’aide des partenaires régionaux et internationaux, mais surtout avec un engagement politique fort, des pays de la région ont pu lancer la réforme de leur secteur de la sécurité et réaliser des avancées extraordinaires.
L’expérience de la Sierra Léone est significative et illustre bien l’importance du leadership et de l’appropriation nationale du processus de la réforme du secteur de sécurité qui a permis -à elle seule- de consolider la paix. Sans aucun doute, l’expérience Sierra Léonaise est un modèle à suivre par les autres pays engagés dans le même type de réforme.
Des pays majeurs comme le Liberia, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Burkina, le Mali ou la Gambie- pour ne citer que ces pays ont initié des processus de réforme de leur secteur de la sécurité déterminants pour leur stabilité et celle de la région.
La réforme du secteur de la sécurité reste centrale pour la stabilité et le développement. Nous devons-acteurs nationaux, régionaux et internationaux- continuer à soutenir les pays de la région dans leur entreprise de réforme du secteur de la sécurité pour permettre aux populations d’accéder à l’état de droit et à la prospérité.
C’est le sens de l’engagement régional d’UNOWAS à travers son appui au Cadre de la CEDEAO sur la réforme du secteur de la sécurité et la gouvernance, et à travers son soutien continu pour le renforcement du leadership et de l’appropriation nationale des réformes.
Mme. Hiroute Guebre Sellassie
Représentante Adjointe du Secrétaire général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.
Rapport du Secrétaire général sur les activités de UNOWAS (S/2017/563) - Juin 2017
I. Introduction
1. Dans une lettre datée du 29 décembre 2016 (S/2016/1129), le Conseil de sécurité a prorogé le mandat du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWAS) jusqu’au 31 décembre 2019 et m’a prié de lui rendre compte, tous les six mois, de l’exécution du mandat du Bureau. Le présent rapport, qui porte sur la période allant du 1er janvier au 30 juin 2017, donne un aperçu de l’évolution de la situation et des tendances observées en Afrique de l’Ouest et au Sahel, et des précisions sur les activités du Bureau et les progrès accomplis dans la mise en oeuvre de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.
UNOWAS E-Magazine NUMERO 3: De la diplomatie préventive à la transition politique pacifique en Gambie (Mars 2017)
De la diplomatie préventive à la transition politique pacifique en Gambie
L’Afrique de l’Ouest a connu une série d’élections présidentielles et législatives qui s’est déroulée pacifiquement, et surtout, dans le respect des normes et principes démocratiques reconnus par l’Union Africaine, la CEDEAO et les Nations Unies.
Rompant définitivement avec des pratiques antidémocratiques dominées par les alternances des coups d’Etat et le monopole du pouvoir sans limite, l’Afrique, et en particulier l’Afrique de l’Ouest, s’est lancée sereinement et avec détermination dans la voie du changement politique qui s’appuie sur les règles et principes d’élections libres qui garantissent le choix du peuple.
Désormais, plus qu’une tendance, c’est une réalité politique dictée par une prise de conscience des africains-citoyens comme leaders-que l’objectif du développement ne peut être atteint que grâce à une nouvelle culture politique dont la bonne gouvernance et le respect des droits sont les points fondamentaux.
Sans aucun doute, il reste encore du chemin à parcourir. Mais personne ne peut nier, ni sous-estimer les progrès enregistrés en matière de respect des processus électoraux et la mise en place des alternances politiques que l’Afrique de l’Ouest vient de connaitre.
Du Nigeria à la Gambie en passant par le Benin et le Ghana- pour ne citer que ces exemples- les leaders africains et les citoyens ont fait preuve d’une grande maturité politique et ont démontré un grand sens de responsabilité qu’il faut saluer et soutenir.
Au-delà de quelques incidents mineurs entre militants supporters des différents candidats, les dix dernières élections en Afrique de l’Ouest se sont déroulées pacifiquement et sans aucune violence.
L’exemple de la Gambie est dans ce sens significatif. Dans un pays en proie à un pouvoir autocratique depuis plus de deux décennies, la marge de manœuvre permettant un changement politique pacifique faible.
Qui aurait pu penser que les élections pouvaient se tenir librement ? Que la commission électorale pouvait être indépendante et se permettre d’annoncer des résultats confirmant l’éviction du pouvoir en place ? Et enfin, qui aurait pu prévoir que les gambiens allaient pacifiquement voter et attendre avec un grand sens de responsabilité les premiers résultats et ensuite- la fin de la crise politique provoquée par le revirement de Yahya Jammeh et son rejet de l’annonce par la Commission Electorale Indépendante confirmant le candidat de la coalition de l’opposition, Adama Barrow, comme le troisième Président élu de la Gambie ?
Cette maturité politique et ce sens de responsabilité représentent aussi le socle de la diplomatie préventive régionale qui a aidé au départ de l’ancien Président Jammeh et a permis une résolution pacifique de la crise.
La médiation conjointe CEDEAO-UA-UN dépêchée à Banjul au lendemain du refus de Jammeh de quitter le pouvoir témoigne de la volonté des pays de la région et des organisations régionales de veiller à ce que le cadre légal permettant des alternances politiques pacifiques, soit scrupuleusement respecté. Elle témoigne aussi de la détermination de ses organisations régionales de s’approprier les problèmes et les solutions dans une démarche préventive afin de sauvegarde de la paix et la stabilité de la région.
L’implication personnelle des présidents du Sénégal, du Liberia, du Nigeria, du Ghana, de Sierra Leone, et de la Mauritanie et de la Guinée durant toute période de la crise illustre la détermination des dirigeants africains de tout mettre en œuvre pour prévenir tout risque susceptible de produire un autre conflit , et de maintenir la région dans une dynamique de changement pacifique.
Le départ de Yahya Jammeh et l’installation au pouvoir d’Adama Barrow sans aucune violence est un succès de la diplomatie préventive régionale. C’est aussi le fruit de l’attitude exemplaire des Gambiens.
Mais ce succès de la diplomatie préventive régionale ne peut être entier et efficace que si la Gambie s’engage à poursuivre le processus de changement politique en respectant les principes démocratiques.
La décision du nouveau Président Adama Barrow de mettre en place une équipe conjointe de transition composée de membres de l’ancienne et de la nouvelle administration, est un signal fort de son attachement au processus démocratique. La communauté internationale qui s’est mobilisée durant la crise poste électorale pour affirmer la primauté du droit et de la constitution, doit continuer son soutien à la Gambie pour consolider ce changement politique et accompagner les gambiens dans leur aspiration à la paix et au développement.
C’est pour cela que, soucieux de cette nécessité, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) a déployé au lendemain du retour du Président Barrow à Banjul, un expert en transition politique pour soutenir l’administration entrante et celle sortante, à initier une transition sereine dont l’objectif est d’assurer un changement pacifique du pouvoir.
Dans les prochains jours, l’équipe conjointe de transition devra rendre son rapport au président Adama Barrow ce qui marquera la fin de la période de transition et lancera le début d’une nouvelle ère, celle de l’alternance politique.
Mais cette dernière ne peut constituer une fin en soi tant les défis politiques et économiques sont multiples et nécessitent un engagement politique et une mobilisation forte des nouvelles autorités.
Dans un pays où 60 % de la population vit dans la pauvreté, et dont le tiers vit avec avec moins de 1,25 dollar par jour, avec un déficit budgétaire qui s’est creusé, atteignant les 7 % du PIB en 2016, la priorité du nouveau gouvernement gambien sera sans aucun doute la mise en place de plans de relance économique et le lancement des reformes structurelles. Les élections législatives prévues le 6 avril prochain, seront, quant à elles, un vrai test pour la coalition au pouvoir.
La diplomatie préventive régionale a été cruciale pour sauvegarder la volonté du peuple gambien exprimée à travers les urnes, et renforcer la paix dans une région qui en a besoin. La transition politique pacifique est fondamentale pour consolider les gains de l’alternance politique par des élections libres.
Les Nations Unies, et particulièrement UNOWAS, en coordination avec les organisations régionales, continueront à soutenir la Gambie dans cette phase importante de son histoire.
Mohamed Ibn Chambas
Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel
Rapport du Secrétaire général sur les activités de UNOWAS (S/2016/1072)
I. Introduction
1. Dans une lettre datée du 23 décembre 2013 (S/2013/759), le Conseil de sécurité a prorogé le mandat du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest jusqu’au 31 décembre 2016 et m’a prié de lui rendre compte, tous les six mois, de l’exécution du mandat du Bureau. En réponse à la lettre datée du 14 janvier que je lui ai adressée et qui portait sur l’examen stratégique du Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Sahel (S/2016/88), le Conseil m’a prié, le 28 janvier 2016, de procéder à la fusion des deux bureaux pour créer le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et de lui rendre compte, dans mon prochain rapport, de l’exécution du mandat de l’UNOWAS (voir S/2016/89). Le présent rapport porte sur la période allant du 30 juillet au 31 décembre 2016 et donne un aperçu de l’évolution de la situation et des tendances en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Y sont également décrits les activités de l’UNOWAS et les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel (S/2015/866).
UNOWAS E-Magazine NUMERO 2: « Ne perdons pas l’objectif des yeux » (Dec 2016)
« Ne perdons pas l’objectif des yeux »
C’est bien connu que la situation sécuritaire globale dans la zone du bassin du Lac Tchad demeure précaire et volatile.
Les efforts de la communauté internationale à faire face et à juguler la terrible violence de Boko Haram sont louables. Mais le groupe est toujours capable de mener sa campagne de terreur. Evitant l’engagement direct, il s’appuie sur les embuscades, l’utilisation d’engins explosifs improvisés et des attaques-suicide pour cibler les groupes vulnérables.
La situation humanitaire s’est, de ce fait, détériorée, avec son lot d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Selon OCHA, des 21 millions de personnes vivant dans les zones affectées du Nigeria, du Tchad, du Cameroun et du Niger, près de 2,4 millions ont été déplacées par la rébellion. Plus de 9 millions de personnes dans la région sont en besoin d’aide humanitaire, 7 millions en situation critique d’insécurité alimentaire et près de 480 000 enfants sont confrontés à une malnutrition sévère. Et dans les mois à venir, il est prévu une hausse des taux de malnutrition.
Je répète ces statistiques pour rappeler à tous les conditions déplorables de vie quotidienne des communautés affectées, et que nous ne perdions pas l’objectif de vue, que nous gardions à l’esprit que les femmes, les enfants et les personnes âgées demeurent les plus vulnérables. C’est ce que j’avais à l’esprit lorsque j’ai visité Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno. Avec les centaines de milliers de déplacés internes qu’elle abrite, Maiduguri est un symbole des souffrances causées par la violence de Boko Haram. Elle est en même temps une démonstration du courage, de la résilience et l’hospitalité de ses habitants. Pendant mes visites aux camps de NSG et Bakassi, qui abritent respectivement 17.000 et 10.000 déplacés internes, j’ai pu voir, la détresse dans les regards, que ces statistiques sont une réflexion et une conséquence d’une épreuve créée par les hommes. J’ai assuré les populations de l’Etat de Borno de l’engagement des Nations Unies à les soutenir pendant ces moments éprouvants et j’ai appelé à une forte augmentation de l’aide humanitaire des Nations Unies.
Je félicite l’Armée et le gouvernement nigérians et la coalition militaire de la Force Multinationale Conjointe engagés dans la lutte contre Boko Haram. Il est impératif que la communauté internationale soutienne concrètement et effectivement la Force mixte afin qu’elle atteigne des résultats meilleurs.
Il est très préoccupant de savoir que le Plan de réponse humanitaire 2016 pour la région du Bassin du Lac Tchad, qui nécessite 739 millions de dollars US, est financé à seulement 41%. Cela va sans dire que les 163 millions de dollars US additionnels promis par les donateurs en septembre sont les bienvenus. Les besoins sont énormes et une réponse appropriée devrait nous permettre de poursuivre le soutien plus que nécessaire aux populations affectées.
On sait tous que s’attaquer aux racines de l’extrémisme violent et du terrorisme demeure la clé pour endiguer les incalculables campagnes de violence dont nous avons été témoins ces dernières années. La situation requiert un partage plus équitable des ressources nationales, et des actions significatives des décideurs sur les questions d’exclusion, d’injustice sociale et de privations.
Dans la même logique, il est important de souligner que les Armées composant la Force mixte sont des institutions nationales, répondant à des codes, des principes et des règles d’engagement. Selon ces règles, le strict respect des lois et droits humains doit en toute circonstance guider toutes leurs actions. Les institutions et appareils sécuritaires d’Etat ne devraient pas, dans la lutte contre les terroristes, recourir à des méthodes qui pourraient retourner les populations contre eux ou à les pousser à rejoindre les insurgés.
Une fois de plus, j’aimerais réaffirmer la solidarité active des Nations-Unies et de toute la communauté internationale avec les gouvernements et les peuples de la République fédérale du Nigéria, du Cameroun, du Niger et du Tchad, dans la lutte contre le terrorisme international qui se manifeste dans les pays du Bassin du Lac Tchad dans la forme des activités terroristes de Boko Haram.
Mohamed Ibn Chambas
Représentant Spécial du Secrétaire Général des
Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel
